Collection Voix narratives
ISBN: 978-2-89597-152-8
382 p. — 24,95 $ — 21,6 x 14 cm
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La mémoire de l'aile
d'Andrée Christensen

Angéline, Lilith, Mélusine. Trois prénoms, un seul personnage énigmatique, assoiffé d’envol et de créativité, qui vit au cœur d’une forêt, en symbiose avec la nature. C’est en suivant une confrérie de corneilles en pleine tempête de neige que Beltran Aguilar, hybrideur de roses et ancien pianiste, rencontre la mystérieuse femme aux pas ailés, résurgence de la Mélusine mythique. Au fil de la fascinante révélation de leurs origines, s’amorce entre ces deux solitudes aimantées une relation aussi improbable qu’espérée.

Artiste marginale, victime de préjugés, Mélusine est internée à la suite d’un délit étrange. Forte des pouvoirs de l’imaginaire, la femme-oiseau, ivre d’absolu, tentera de transformer les barreaux de sa cage en labyrinthe salvateur.

Les sources d'inspiration d'Andrée Christensen

Il faut du cœur pour devenir un chaman-oiseau, ou pour en devenir une […] Purifié, un jour vous ressusciterez en un être nouveau, destiné à servir, à guérir, à récupérer des âmes perdues. Poète, destiné à chanter. Mais d’abord, âme voyageuse, vous avez encore une épreuve à surmonter. Le vol, comme unique façon de rentrer chez soi. Venez. Première leçon : comment faire du repliement de vos ailes, un battement du cœur.

Extrait du poème en prose Homme-oiseau/Femme-oiseau de la poète Olive Senior
(Traduction de l’auteure)

Joël-Peter Witkin, Woman once a Bird, Los Angeles, 1990, Photographie argentique © galerie Baudoin-Lebon

« Le projet de La mémoire de l'aile trouve son origine dans une photographie de Peter Joel Witkin, intitulée Woman Once a Bird (Los Angeles, 1990). La photographie présente une femme vue de dos. Sur sa tête rasée, quelques vestiges de plumes, et sur son dos, les cicatrices encore bien marquées d’ailes qui ont été coupées ou excisées. Cette troublante image, qui suinte d’une douleur palpable, a nourri mon imagination et m’a inspirée à imaginer et à raconter l’histoire tragique de cette femme-oiseau.

Une autre source d’inspiration, le poème en prose Homme-oiseau/Femme-oiseau de la poète Olive Senior, mis en exergue au roman, appuie la thématique et donne le ton.

Je voulais savoir qui était cette femme... et j'ai écrit à partir de cette photo et du texte de Olive Senior. »

- Andrée Christensen

Variations autour de la mythologie, de la symbolique et de la spiritualité

Depuis toujours, Andrée Christensen habite un monde de symboles et s'inspire souvent des mythes, à ses yeux retours aux sources primitives qui ont façonné l'histoire de l'humanité. Les mythes la guident, l'éclairent et l'appuient dans sa quête métaphysique et spirituelle, toujours inachevée. Lever le voile sur les mystères des dieux et déesses c'est une invitation à confronter son histoire personnelle et secrète, à redéfinir ses liens avec l'histoire de la pensée humaine.

La mémoire de l'aile est un livre riche et foisonnant, profondément ancré dans la réalité du rêve. C'est une porte que l’on ouvre sur un réel autre, sur une dimension intemporelle, pourtant gravée dans la chair du temps. En filigrane, la structure du labyrinthe s’impose, faite d’impasses et de voies multiples, à l’image de la vie des personnages que le roman met en perspective. La forêt est ici décor de la pensée, miroir végétal qui reflète la géographie intérieure des personnages, dans une véritable fusion psychologique et spirituelle, voire cosmique.

Véritable parcours initiatique, le récit nous amène à libérer notre cœur de ses préjugés, à redéfinir nos critères de normalité. Il nous invite à épouser la perspective d’absolu des personnages, à la fois complexes et attachants, et à suivre leur fulgurant cheminement vers la lumière.

L'héroïne du roman

Rien n’est plus important qu’un nom. C’est lui qui donne son sens à la destinée d’un enfant et il est essentiel qu’il soit en harmonie avec son identité profonde. Il arrive parfois au cours d’une vie, qu’un nom meure, qu’il éclate comme du verre ou lentement se désagrège. Comme le serpent, il faut apprendre l’art de la mue. La vie a plus d’une fois déchiqueté mon nom. J’ai atteint l’abîme, connu la nudité absolue. Toute chute exige une métamorphose. La transformation ourdit toujours un nom qui lui correspond, qu’on choisisse ou non de l’entendre et de l’accepter. C’est la force du nom nouveau qui façonne, enfante, aide à remonter à la surface.

La mémoire de l'aile, p.339.

Le personnage d'Angéline-Lilith-Mélusine est l'archétype de l'artiste qui lutte contre le duende, cette force sombre, imprégnée de mort, qui lui brûle le sang et la transfigure, lui conférant souvent des traits plus près de la corneille, animal avec qui elle entretient une relation privilégiée, que l'humain. Captive d'une dimension imaginaire qui la consume, l'excentricité créatrice du personnage doit aussi lutter contre le culte mesquin de la normalité, dont elle refuse les règles.

Ce personnage a vu plus d’une fois l’ombre s’abattre sur elle. D’abord, la mort tragique et pressentie de sa mère, suivie de celle d’un fidèle compagnon ailé — avec lequel elle avait établi une étrange communion —, puis un viol dévastateur, qui changera le cours de sa vie. Pour survivre à ces épreuves, elle se métamorphose en Lilith, éprouve pour la première fois la puissance de ses ailes, puise en ce nom nouveau la force qui lui permettra de transformer la noirceur en lumière et de créer un nid d’amour pour l’enfant de la haine qu’elle porte en elle. Contrainte de donner sa fille en adoption à la naissance, elle vit la perte et le deuil d’un enfant toujours vivant. Néanmoins, elle affronte son destin, assume courageusement le douloureux labyrinthe qu’elle a reçu en héritage. Les démons sont puissants, sa solitude immense, mais son intuition et le pouvoir du rêve deviennent les talismans qui la protègent du mal.

Un grand roman complexe, poétique…

« En toile de fond, l’auteure détaille réalistement la dramatique scène de la corrida (matador, picador, peones), le viol violent par le Minotaure (ses antécédents crétois : LE(s) LABYRINTHE(s), Pasiphaé, Ariane, Dédale, Icare…), LA VILLA DES MYSTÈRES (l’asile psychiatrique infernal et les psychiatres bornés)...

Sont invoqués à bon escient de nombreux poètes (Térence, Baudelaire, Nerval, Breton, Éluard, Roland Giguère etc., et surtout Lorca, qui est même cité plusieurs fois littéralement), la musique (Corelli…), des opéras (Les Juives : Rachel, quand du Seigneur…), les peintres (Botticelli, Chagall, Van Gogh Frida Khalo…), la danse (Nijinski, Le spectre de la rose….), etc.

Tout est ingénieusement construit, en sept parties, aux titres symboliques (chacune avec des exergues toujours quelque peu énigmatiques) et divisées en paragraphes ou chapitres épisodiques, de longueurs diverses, mais toujours éclairants, magnifiquement écrits.

Un grand roman touffu, complexe, poétique, tout ensemble réaliste et mythique, écologique (on pourrait dire aussi écologiste). »

- Réjean Robidoux

Quelques éléments d'une suite photographique réalisée par Andrée Christensen au moment de l'écriture de La mémoire de l'aile.

photo: © Andrée Christensen
photo: © Andrée Christensen
photo: © Andrée Christensen
photo: © Andrée Christensen
 
 Andrée Christensen

Biographie d'Andrée Christensen

Depuis toujours, j'entendais la mer

Originaire d'Ottawa, Andrée Christensen a publié douze recueils de poésie, un roman, un récit et neuf traductions littéraires. Certains ont été traduits en anglais et en roumain. Son premier roman, Depuis toujours, j’entendais la mer, a remporté le Prix du livre d'Ottawa 2008, le prix LeDroit, le Prix Émile-Ollivier du Conseil supérieur de la langue française du Québec, et le Prix Christine-Dumitriu-Van-Saanen 2007. Elle a également été finaliste du prix Trillium et du Prix des lecteurs de Radio-Canada pour ce même livre.

Si l’écriture est pour Andrée Christensen une forme d’expression privilégiée, elle n’est pas la seule. Sa sensibilité poétique s’étend également à la photographie et à l’art du collage. Ces deux médiums accompagnent souvent ses recueils de poésie publiés. Ses œuvres visuelles ont paru dans des revues, au Canada et à l’étranger et ont fait l’objet d’expositions.

Elle a également réalisé cinq livres d'artistes à partir de ses recueils de poèmes, en collaboration avec des artistes visuels de réputation internationale, de l’Ontario et du Québec, soit Jennifer Dickson, Tony Urquhart, Roland Giguère, Pavel Skalnik, Huguette Bouchard-Bonet et Christine Palmiéri.

Andrée Christensen exprime aussi son art dans l’aménagement d’un jardin poétique attenant à sa demeure, jardin agrémenté de sculptures et de poèmes inscrits sur différents médiums, qui a déjà attiré l’attention des médias et récemment fait l’objet d’un reportage télévisé à l’émission Panorama de la chaîne TFO.

Écoutez le reportage télévisé Le jardin d’Andrée Christensen, de l'émission Panorama. Pour de plus amples renseignements, consultez le site des Éditions David.